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La solitude, un temps de préparation au renouveau ?

31/03/2015

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La solitude, un temps de préparation au renouveau ?

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/08/31/18930-solitude-temps-preparation-renouveau
Par figaro iconPascale Senk - le 31/08/2012

Décidés à comprendre enfin leur situation, et désireux d'en changer, certains célibataires rejoignent des groupes de parole pour faire un bilan de leurs relations affectives.

«Pourquoi?» S'il y a bien une question qui hante les personnes seules et qui en ont assez de l'être, c'est bien celle-là. Ainsi, Hélène, auteur-rewriter dans l'édition âgée de 59 ans, considère que cette interrogation lancinante commençait à rendre sa vie «irrespirable». «Je me demandais: pourquoi n'ai-je pas été mère de famille? Quel a été le grain de sable qui m'a fait dérailler? Était-ce mon destin?» Une relation amoureuse «en pointillé» pendant plus de 9 ans, l'incapacité à vivre à deux car «cet homme avait une autre liaison», un statut de travailleur «indépendant»… Autant de faits qui ont amené un jour Hélène à réaliser que «la solitude avait pris toute la place dans sa vie et était devenue assourdissante».

Une affichette d'atelier ramassée dans un lieu associatif, un premier stage d'une matinée, puis un parcours en huit rencontres dans un groupe de parole pour personnes seules décidées à «en faire quelque chose» ont aidé Hélène à se déculpabiliser, notamment en écoutant d'autres dans le même cas, et qui parfois vivaient leur célibat avec moins de sérénité qu'elle. «Aujourd'hui, je me sens normale et j'ai comme retrouvé une place dans le monde», affirme-t-elle.

«Connaissance de soi»

Actuellement, ces groupes dédiés aux solitaires se multiplient. Tout comme les demandes de prise en charge de ceux-ci chez les psychanalystes et psychothérapeutes. Rien d'étonnant à cela. Le dernier recensement de 2007 évaluait déjà à plus de 8 millions le nombre de Français résidant seuls (dont plus de 5 millions de femmes), notant une augmentation de la population «solo» qui est passée de 6 à 14 % en cinquante ans! Il s'agit là bien sûr d'une véritable évolution sociale, et aux États-Unis, où les «singletons» sont plus de trente millions, un sociologue comme Eric Klinenberg, de l'université de New York, parle d'un «essor extraordinaire» et étudie cet «attrait surprenant pour la vie en solo».

Cependant, comme pour Hélène, cette solitude ne plaît pas forcément à tous ceux qu'elle touche. C'est alors que les groupes de parole s'avèrent d'une grande aide. Persuadée qu'«une meilleure connaissance de soi pourra permettre des rencontres affectives différentes», la psychothérapeute et coach Géraldyne Prévot-Gigan, auteur de 50 exercices pour sortir du célibat (Ed. Eyrolles) voit le parcours de trois heures tous les quinze jours qu'elle propose à ces femmes - elle voulait au départ créer des groupes mixtes, mais seules des femmes se sont présentées! - comme l'«apprentissage d'une posture intérieure à construire face à cette solitude».

Rien à voir donc avec des clubs de rencontres pour célibataires ou autres Cafés de l'amour où l'on cherche d'abord à se tourner vers «l'extérieur». Même souci de se démarquer de ces lieux pour la psychologue et psychanalyste Lætitia Veyron, qui anime un parcours en huit séances thématiques où, affirme-t-elle, «ce sont le culturel et le symbolique qui font travailler sur soi». C'est là un point commun essentiel à ces groupes: ils transforment le célibat en un temps de «retraite choisie» pour s'occuper vraiment de soi. Lætitia Veyron relève d'ailleurs que tout au long du processus, les participantes ne cessent de tirer ce fil de contradiction entre une solitude mortifère (l'isolement) et la solitude qui, fructueuse, est elle absolument nécessaire dans toute relation.

Un travail de «nettoyage»

Autre point commun: proposer aux solitaires dans un premier temps - et c'est une métaphore, bien sûr - de «déposer leurs valises pleines d'objets ramenés de différents voyages et d'en faire le tri pour se débarrasser de ceux dont ils ne veulent plus», explique Géraldyne Prévot-Gigan.  Deuils, séparations, regrets qui hantent encore la personne… Autant de liens avec le passé qui empêchent de construire un nouvel avenir, et qu'il faut donc oser regarder avant de les lâcher.

«Il est important, notamment, de revenir sur ces séparations auxquelles on reste accroché», estime Lætitia Veyron, tandis que Géraldine Prévot-Gigant insiste sur la nécessité de refaire le récit de son «premier, puis dernier amour». Au cours de ce travail de «nettoyage», Hélène a réalisé que sa manière d'aimer l'avait en quelque sorte flouée: «Je faisais toujours passer les intérêts de l'autre avant les miens, et je m'étais trompée.»

Parvenir à connaître ses besoins et à surtout apprendre à les exprimer à l'autre est le deuxième pan du processus. Enfin, une réflexion sur la solitude comme porteuse de créativité semble indispensable à Lætitia Veyron: «Nous sommes seules pour différentes raisons, mais nous pouvons toujours déployer des actions», observe la psychologue. C'est alors que le/la célibataire peut se tourner vers le monde, offrir sa contribution (action humanitaire, écriture…). En passant par le lien social, en le cultivant, elle a alors toutes les chances d'y dénicher, mais indirectement, le lien amoureux.


INTERVIEW - Vivre seul rend les célibataires excentriques

Saverio Tomasella, psychana­lyste, vient de publier Les Amours impossibles(Éditions Eyrolles).

LE FIGARO - L'envie de sortir de sa solitude est-elle aujourd'hui un motif de consultation?

Saverio TOMASELLA - Oui, je constate qu'environ un tiers des adultes que je reçois viennent avec cette problématique d'une solitude amoureuse qui s'est installée et les fait souffrir. Celle-ci n'est pas à proprement dit un symptôme, comme les conflits familiaux ou les échecs à répétition, mais elle représente une vraie question. J'observe aussi que ceux et celles qui arrivent avec cette question comme demande ont déjà commencé le travail sur eux-mêmes. Et même si elle n'a pas justifié l'envie d'entrer en analyse, la solitude reste de toute façon un thème nécessairement évoqué durant la cure. Parce qu'à travers cette épreuve chacun est amené à s'interroger sur ses sentiments de vide existentiel, sa mort et les enjeux de sa présence au monde.

Concernant la vie amoureuse, que peut apporter la solitude?

Elle s'impose souvent dans le parcours d'une vie. Et, en dehors des amours à 20 ans, qui sont spontanées, irréfléchies, les relations amoureuses qui suivent ont tout à gagner d'un temps en solo de chacun des partenaires. Pourquoi? À un moment, il faut s'être retrouvé face à soi-même, car ce passage par la solitude est le seul moyen de savoir qui l'on est et d'apprendre à mieux se connaître. Il permet aussi de lâcher un certain nombre de clichés et croyances qui empêchent de rencontrer l'autre. Ainsi chez ceux qui ont reçu de fortes injonctions parentales («tu ne fréquenteras pas un juif, ou catholique, ou musulman…») ou qui ont des idées reçues enfermantes («je ne peux supporter qu'un homme soit poilu»/«qu'une femme soit maigre»), le temps vacant laissé à soi-même peut aider à changer ce schéma directeur et souvent répétitif.

Selon vous, de quoi souffrent réellement ceux et celles qui s'y installent pendant de longues périodes?

Souvent, ils se sont enfermés dans leur propre routine pour supporter l'angoisse et, du coup, ils ont construit leur propre muraille. Ils sont le plus souvent guidés par une peur inconsciente de déplaire, de ne pas être désirable ou d'être abandonné… Alors ils préfèrent s'écarter dès qu'une relation pourrait commencer. Le signal qu'il faut consulter et se faire aider pour sortir de tels comportements, c'est quand on se rend compte que la situation se répète et que rien, ni un voyage ni aucun projet, ne pourrait venir bousculer le quotidien de sa vie.

Quels sont ceux à qui profite le plus une période assez longue en solo?

Sans aucun doute les personnalités dépendantes, celles qui éprouvent un irrépressible besoin d'avoir une relation amoureuse comme une béquille ou une drogue. Parce que, quand ces «addicts» quittent une histoire, ils veulent se lancer avec frénésie dans une nouvelle relation. Mais le papillonnage biaise tout, il empêche de se retrouver face à soi-même et donc de trouver ses propres solutions. J'observe d'ailleurs que c'est quand il n'y a même plus de revendication de rencontrer quelqu'un, quand cette crispation cède, qu'alors une vraie rencontre nouvelle, inattendue, peut arriver.

Commentaire de la veilleuse Corine Chandanson : La solitude, même si elle a souvent mauvaise presse, peut- elle devenir une véritable compagne pour ceux qui sont en quête de  développement personnel ?

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