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Le jour où j'ai compris

12/05/2016

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Le jour où j'ai compris

 

 

Dans une vie, il y a toujours des tournants. Des moments qui marquent une rupture et qui font que plus rien n’est vraiment comme avant. Des jours où surviennent des événements qui chamboulent notre façon de vivre ou de penser.  Une de ces mémorables journées a eu lieu, pour moi, il y a  un peu plus de 40 ans. J’en avais seize et j’ai découvert un beau matin que la vie était beaucoup plus belle que ce j’imaginais et que ce que mon éducation me laissait supposer. Ce matin-là, j’ai ressenti une vive douleur dans la paume de la main gauche et j’en ai vu sortir un éclat de verre d’au moins un centimètre de long. Pour moi, rétrospectivement, ce tesson de bouteille avait autant de valeur qu’un diamant brut…

Flash-back. Deux semaines auparavant, je passais  comme d’habitude la récréation du matin à taper la balle dans la cour du collège. Ça ne durait qu’un quart d’heure, mais ces parties de foot quotidiennes étaient  âprement  disputées et les deux équipes d’élèves se donnaient à fond pour rentrer en classe avec la victoire en poche. Et ce qui arrivait parfois m’arriva : je me suis fait « faucher » en plein course et j’ai pris un billet de parterre d’autant plus douloureux que le sol de la cour n’était pas en terre mais en asphalte. Pas le genre de bitume bien lisse qu’on voit maintenant sur les autoroutes, mais un goudron grossièrement étalé et plein d’aspérités. Les genoux ont sans doute dégusté, les coudes probablement aussi, mais je me souviens surtout d’une très intense douleur à la main gauche, à un endroit que l’anatomie appelle l’éminence hypothénar et que les chiromanciens dénomment le mont de la lune. J’avais très mal et je saignais beaucoup, mais je ne me rappelle pas être passé par l’infirmerie. Faut dire que le père jésuite affecté à cette tâche avait l’haleine fétide et la main tripoteuse. On préférait encore mordre sur notre chique que subir les soins de pareil personnage. Je crois avoir emballé ma main meurtrie dans un mouchoir et avoir attendu le soir pour contempler les dégâts.

La plaie, je m’en souviens, n’était pas belle à voir. Mais dans notre famille, on n’était pas du genre à s’affoler pour si peu. Désinfection à l’éther, badigeonnage de mercurochrome, application d’un pansement, et le tour était joué. Entre les maladies infantiles du petit dernier,  les verrues de l’aîné, les bobos des deux sœurs et les soucis dentaires de toute la smala, ma mère avait déjà assez à faire  sur le plan sanitaire. Manquer un jour d’école ? Il fallait être à l’article de la mort pour prétendre à ce privilège. Aussi suis-je retourné dès le lendemain m’asseoir sur mon banc scolaire pour y entamer – désolé maman, la vérité a ses droits – un véritable calvaire. Ma paume écorchée me faisait de plus en plus souffrir, mon cœur y cognait à tout rompre et le sang avait fait place à une suppuration jaunâtre. J’avais beau arroser la plaie d’Hexomédine et la couvrir de gaze maintenue par un sparadrap, elle ne se refermait pas et s’infectait de plus en plus. Dix jours après l’accident, mon éminence hypothénar n’était plus qu’un cratère boursouflé dont s’écoulait une lave purulente.

Vous devinez le dénouement : mon supplice a pris fin lorsque la raison de cette infection a enfin été éjectée !  Lors de la chute, je m’étais entaillé sur un débris de verre qui avait complètement pénétré la chair. Comme ce corps étranger était transparent, ni moi ni ma maman n’avions soupçonné sa présence.  Mais mon corps, lui, savait ce qu’il en était. Et mon cerveau inconscient, lui aussi, était en alerte. En parfaite synergie, mon organisme entier s’était mobilisé pour expulser l’intrus. Avec le recul,  quelle merveilleuse expérience d’autoguérison  et quelle belle leçon sur la magie de la vie ! Je n’ai pas gardé le morceau de verre, mais j’ai toujours la jolie cicatrice de cette grande révélation lunaire. Depuis le jour où j’ai vu sortir  spontanément l’objet de mon tourment, j’ai en effet compris une chose : en dépit des apparences, un processus infectieux est une étape précieuse. C’est le moyen que développe la nature pour nous faire retrouver notre intégrité !

À partir de cette date, j’ai commencé à me méfier de la médecine et de ses recommandations antiseptiques. À chaque nouvelle blessure, j’ai préféré laisser faire la nature en me contentant de laver à l’eau claire et de drainer le pus éventuel. À plusieurs reprises aussi,  une  écharde tenace m’a permis de revivre le  même phénomène : sans rien faire, mon corps finissait toujours par dégager le bout de bois en créant une infection locale. Et si ces bactéries-là étaient mes amies,  pourquoi toutes les autres ne seraient-elles pas également des alliées ? En fin de compte,  tout symptôme ne serait-il pas manœuvre du bien pour congédier le mal ? De fil en aiguille,  mes réflexions sur la  santé m’ont conduit à découvrir la naturopathie auprès d’André Passebecq, lequel expliquait avec aplomb que toute maladie est en réalité une « biogonie », autrement dit un combat pour la vie. Par la suite, la médecine nouvelle du Dr Hamer m’a permis de comprendre que les mécanismes d’homéostasie et d’autoguérison se déroulaient sous la bienveillante supervision du cerveau archaïque, lequel déclenche préalablement les pathologies en guise de solutions biologiques. Aujourd’hui, grâce à ce bout de verre béni, je crois plus que jamais à ce « pouvoir guérisseur de la nature » ancré au plus profond de nos nos cellules et apte à nous sortir d’affaire sans secours médical.

Bien sûr, ma foi hippocratique ne peut faire abstraction de la réalité : il est des situations où le corps-esprit est impuissant à se maintenir en santé.
Si le tesson dans la main avait été une balle de révolver dans le ventre ou un éclat d’obus dans le crâne, l’infection salutaire aurait rimé avec menace mortelle. Les remèdes endogènes aussi peuvent  tuer le malade, et le recours à l’asepsie n’est pas toujours une ineptie. Quand l’antibiotique s’impose, il serait fou de s’en passer !  Il n’en reste pas moins vrai que l’évolution nous a dotés d’une fabuleuse énergie autocurative dont participent les précieux agents infectieux. Si mon petit récit a contribué à vous en convaincre, j’en serai très heureux.

 

Yves Rasir

 

Commentaire du veilleur responsable de la présente publication Gérard Wéry :

Un article qui donne à réfléchir : faut-il lutter contre le symptôme ou aider l'organisme à se guérir? Dans notre métier de Psy les souffrances de nos clients/patients ne sont-elles pas le signe que la personne lutte contre quelque chose (parfois inconscient) qui lui fait mal? Faut-il lutter contre un état dépressif, contre une insomnie... par une pillule? ou aider le "bout de verre psychologique" à sortir?... tout en disant comme Yves Rasir que quand le médicament s'impose il serait fou de s'en passer!

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