Logo association : « Psy en Mouvement », Fédération des professionnels de la psychothérapie et de la psy-diversité

Fédération des professionnels
de la psychothérapie
et de la psy-diversité

Actualités

ARTICLES DE VEILLE
Pour information aux lecteurs : les articles diffusés dans cette rubrique ne sont pas nécessairement l'expression de la position de Psy en Mouvement, mais des sujets de discussions, de réflexions entre collègues membres de la Fédération. Les commentaires ne sont accessibles qu'aux adhérents. Pour lire les commentaires et poster votre avis, rendez-vous sur la page “Adhésion”.

Matthieu Ricard : Le temps de l'altruisme est arrivé

25/11/2013

Pour information aux lecteurs : les articles diffusés dans cette rubrique ne sont pas nécessairement l'expression de la position de PsY en mouvement, mais des sujets de discussions, de réflexions entre collègues membres de la Fédération. Les commentaires ne sont accessibles qu'aux adhérents ainsi qu'aux sympathisants. Pour lire les commentaires et poster votre avis, rendez-vous à la page : "devenir membre" ou "devenir sympathisant" du site. (sur votre droite =>)

 

Matthieu Ricard : 

Le temps de l'altruisme est arrivé

 

S’ouvrir aux autres et s’entraider est la seule issue possible pour donner du sens à nos vies et... sauver le monde ! affirme le moine bouddhiste. Preuves scientifiques à l’appui, son dernier livre est un plaidoyer contre le règne de l’égoïsme et du chacun pour soi. Un message enthousiasmant.

Anne-Laure Gannac

 

 

Psychologies : Pourquoi ce livre sur l’altruisme aujourd’hui ?

Matthieu Ricard : Tout est parti du constat de l’apparente impossibilité de concilier trois échelles de temps – le court, le moyen et le long terme –, qui correspondent aux trois impératifs majeurs que sont l’économie, la recherche du bonheur et le respect de l’environnement. Je me suis donc demandé quel concept pourrait les réconcilier. Le seul qui me soit apparu est l’altruisme. Dès lors que vous avez davantage de considération pour autrui, vous ne jouez plus avec l’argent des autres, vous faites en sorte que la qualité de vie dans la société soit acceptable et que l’état de la planète pour les générations futures le soit aussi.

 

Au fond, vous proposez une moralisation de nos sociétés ?

Matthieu Ricard : Non, l’altruisme n’est pas qu’une valeur morale, c’est une valeur pragmatique. Elle est bien plus en adéquation avec la réalité que l’égoïsme ! L’égoïste se coupe de la réalité en imaginant qu’il est une entité autonome capable de vivre sans se préoccuper du sort des autres. De même, à l’échelle de l’évolution des espèces, il est prouvé que la coopération a toujours amené à des niveaux de complexité et de progrès bien plus élevés que la compétition. Autant de raisons pragmatiques qui prouvent que l’altruisme n’est pas un luxe, mais une nécessité. Et ça tombe bien, car cela correspond à l’aspect fondamental de l’être humain qu’est l’ouverture à l’autre. 

 

Si l’altruisme est aussi pragmatique et naturel, pourquoi n’est-il pas ce qui domine ?

Matthieu Ricard : Il y a, certes, encore du chemin à parcourir, mais pourquoi dire qu’il ne domine pas ? La philosophe Hannah Arendt parlait de la « banalité du mal » ; on pourrait plus aisément parler de la « banalité du bien ». Dix personnes qui coopèrent toute une journée, cela ne fait pas une nouvelle. En revanche, une seule commet un casse et tout le monde en parle. La fascination pour des aberrations telles que le crime fait que l’on cesse de regarder ce qui fait la texture de notre existence, à savoir des actes de bienveillance, de sollicitude... Tout acte brutal ou égoïste choque justement parce qu’il n’est pas « banal » ! 

 

Vous voyagez à travers le monde, vous voyez la pauvreté, la violence, le capitalisme sauvage : qu’est-ce qui vous fait croire en des lendemains plus altruistes ?

Matthieu Ricard : Un chien qui mord fait plus de mal que cent chiens paisibles. Une minorité d’entreprises égoïstes mais puissantes peuvent exercer une influence délétère. Mais ce qui m’encourage est justement de pouvoir prendre la température intellectuelle dans des domaines tels que l’économie, la psychologie et les sciences, et de constater que, partout, l’intérêt pour les valeurs de coopération progresse. C’est d’entendre Paul Ekman, psychologue qui a consacré toute sa vie aux émotions, me dire : « Tout ce qui me passionne désormais, c’est de trouver la porte d’entrée pour promouvoir l’altruisme et la compassion dans nos sociétés. » De lire l’éminent économiste Dennis Snower soutenir que, à côté de la voie de la raison, il faut la « voie du care »[«soin»,ndlr].De discuter avec le nouveau président de la Banque mondiale, le docteur Jim Yong Kim, et de découvrir un homme intimement convaincu de la nécessité de lutter en faveur de l’environnement et contre les inégalités. De participer à l’élaboration du rapport Attali sur l’« économie positive ». De me retrouver, avec le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn et le neuroscientifique Richard Davidson, à exposer notre vision à des économistes, des généraux et autres proches conseillers de Barack Obama lors d’un récent think tank... Oui, tout cela, ajouté au bourgeonnement de centaines de milliers d’ONG ou d’entreprises telles que la Khan Academy, me fait croire qu’un changement culturel est en cours.

 

Être ainsi sollicité par des politiques sans que des actes suivent, cela ne vous décourage pas ?

Matthieu Ricard : Il faut accepter que cela prenne du temps. Dans les années 1960, les écolos, dont j’étais, étaient considérés comme des marginaux. Aujourd’hui, ils sont de tous les gouvernements. De même qu’elles se sont questionnées sur la légitimité de l’esclavage ou sur l’égalité hommes-femmes, les civilisations s’interrogent désormais sur l’expression des qualités humaines dont nous avons le potentiel. Voilà ce qui m’enthousiasme et me rend plein d’espoir. Comme l’a dit Victor Hugo, rien n’est aussi puissant qu’une idée dont le temps est venu. Le temps de l’altruisme arrive, c’est évident. Parce que, de toute façon, nous n’avons plus le choix.

 

A lire :

Plaidoyer pour l'altruisme, la force de la bienveillance
de Matthieu Ricard.
(
Editions Nil)

 

LES IDEES FORTES DU LIVRE

 

L’altruisme véritable, désintéressé, existe

Les études s’accumulent pour démontrer l’existence d’un altruisme désintéressé. Matthieu Ricard, dans son Plaidoyer pour l’altruisme, en cite plusieurs. Comme celle effectuée sur un grand nombre de donneurs de sang qui a révélé que moins de 2 % d’entre eux espéraient une contrepartie à leur don. La quasi-totalité exprimait son désir d’aider ceux qui en avaient besoin. Pour lui, l’explication est simple. « Lorsque l’on offre un vrai cadeau de manière sincère à quelqu’un, écrit-il, la beauté du geste tient au fait de faire plaisir et non d’espérer quelque chose en retour. » Cependant, le plaisir de « faire plaisir » n’est-il pas la preuve de notre égoïsme profond ? Non, selon lui, dès lors que « c’est pour le bien d’autrui et non pour notre satisfaction que nous avons agi ».

 

L'altruisme ne signifie pas le sacrifice

Pour la psychanalyse, cette attitude est un mécanisme de défense, une sublimation de notre agressivité et, selon la psychanalyste Anna Freud, « une manifestation du masochisme », l’altruiste étant en recherche des sacrifices liés à son action. Thèse que Matthieu Ricard réfute, en avançant que parler de sacrifices, c’est souvent faire référence à des « coûts extérieurs » : notre confort physique, nos ressources financières... Se référant à l’« économie psychique » vue par le bouddhisme, il les distingue des « coûts intérieurs ». « Si je sors vainqueur d’un conflit financier, illustre-t-il dans son ouvrage, je m’enrichis extérieurement, mais je paie le prix intérieur de l’hostilité qui trouble mon esprit en y laissant les empreintes du ressentiment. À l’inverse, si j’accomplis un acte de générosité désintéressée, je m’appauvris extérieurement mais je m’enrichis en termes de bien-être. » L’altruisme n’est donc pas synonyme d’effacement de soi. « Si la diminution de la souffrance est le critère principal, il serait déraisonnable de sacrifier notre bien-être durable pour que l’autre puisse jouir d’un avantage mineur. » L’effort consenti doit avoir un sens. 

 

C’est une capacité innée et universelle

Les travaux du psychologue Michael Tomasello démontrent que les comportements d’aide désintéressée se manifestent spontanément entre 14 et 16 mois. Il existe donc bien une inclination naturelle chez les enfants à venir en aide, qui n’est pas le produit de la culture ou de l’éducation. En revanche, ces dernières deviennent déterminantes dans le choix des valeurs développées : esprit de compétition ou générosité ? Égocentrisme ou écoute de l’autre ? Une enquête menée auprès des Justes pendant la Seconde Guerre mondiale révèle que « leurs parents parlaient plus fréquemment de respect de l’autre, d’honnêteté, de justice et de tolérance que de valeurs matérielles, rapporte Matthieu Ricard. En outre, ils mettaient peu l’accent sur l’obéissance. On sait que la tendance à se soumettre à l’autorité a entraîné nombre de citoyens à exécuter des ordres auxquels leur conscience aurait dû les dissuader d’obéir ».

 

L'altruisme améliore le bien-être et la santé

Le psychologue Allan Luks a observé le moral de milliers d’Américains participant à des activités bénévoles. Résultat : ils étaient en meilleure santé que d’autres personnes du même âge, faisaient preuve de plus d’enthousiasme, et étaient moins sujets à la dépression. D’autres études ont mis au jour que les jeunes filles impliquées dans le bénévolat sont moins confrontées à la toxicomanie, aux grossesses précoces et au décrochage scolaire. Ou encore qu’un épisode dépressif causé par un événement tragique s’apaise plus rapidement si la personne consacre du temps à aider les autres. Matthieu Ricard cite encore ces témoignages de sauveteurs qui se sentent enrichis intérieurement des décennies après leur action.

 

L'altruisme se cultive au quotidien

« Le dalaï-lama distingue deux types d’amour altruiste : le premier se manifeste spontanément du fait des dispositions biologiques héritées de l’évolution, écrit Matthieu Ricard. Il reflète notre instinct à prendre soin de nos enfants, de nos proches et de ceux qui nous traitent avec bienveillance. L’altruisme étendu, au contraire, est impartial. Chez la plupart des gens, il n’est pas spontané et exige d’être cultivé. » Comment ? Grâce aux méditations proposées par le bouddhisme, qui évoluent de celle faite à l’intention d’un être cher à celle qui s’étend avec une bienveillance sans limites. L’entraînement passe aussi par l’action et les valeurs défendues au quotidien, qui ont un effet vertueux sans fin. Dans nos sociétés compétitives, chacun se méfie de l’autre, cherche à promouvoir ses intérêts sans trop se soucier des individus qui l’environnent. À l’inverse, une société coopérative repose sur la confiance, on y consacre du temps et des ressources à autrui. « Ainsi s’enclenche un cycle vertueux de solidarité et de réciprocité qui nourrit des rapports harmonieux », résume Matthieu Ricard.

 

 

 

Commentaire du veilleur responsable de la présente publication,

Najet SENOUSSI COPELLO :


J‘ai eu la chance d’assister à la conférence de Matthieu Ricard et Christophe André, organisée par Psychologies Magazine le 21 octobre dernier, à Paris. Ce fut l’occasion de constater une fois de plus, in visu, que Matthieu Ricard incarne tout à fait les idées qu’il défend.

Une interview parue dans http://www.psychologies.com 

 

UNIVERSITÉ
D’ÉTÉ
2019
En savoir

ACTUALITÉS

Entretien avec Isabelle Broué. Message complet ....

Lire la suite >

Intervenant UE 2019 - mardi 27 août après-midi
Une approche de l’amour à travers nos mouvements transférentiels.Frédérique Glénat, psychanalyste, viendra...

Lire la suite >

Intervenant UE 2019 - mardi 27 août
Allons découvrir les « 7 niveaux de la relation amoureuse »
avec Dominique Bouilly et Nathalie...

Lire la suite >

Programme UE 2019
Bonjour à toutes et tous,
Nous avons le plaisir de vous communiquer le programme définitif de notre UE...

Lire la suite >

Intervenants UE 2019 - lundi 26 août
Nous découvrirons ensemble le film d’Isabelle Broué, "Lutine".
Entre fiction et réalité, les personnages du...

Lire la suite >

Intervenants UE 2019
Nous aurons la joie de commencer notre UE, *
dès le samedi 24 août au soir, 
par un atelier co-animé par...

Lire la suite >

Groupes de pairs Drôme - Ardèche
Groupe de pairs Drôme/Ardèche

Lire la suite >

PAIRS groupe région Rhône/Alpes
Le groupe de PAIRS région Rhône/Alpes se réunit à Siccieu en Isère.
 

Lire la suite >

Psy en Mouvement: nouveau visage
Cher(e)s adhérent(e)s,
C’est avec plaisir que nous vous informons de la mise en ligne du tout nouveau site de...

Lire la suite >

Les TOC. Un article de notre confrère Henri Pierre BRU
A propos des Troubles obsessionnels compulsifs (TOC):
Je vous propose de lister les éléments à la base du TOC...

Lire la suite >