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Christophe André : dis donc, si tu arrêtais de juger ?

25/06/2014

 

 

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Christophe André : dis donc, si tu arrêtais de juger ?


Si tu arrêtais de juger ?

 

Christophe André, psychiatre et psychothérapeute, nous parle de lui et de sa vie quotidienne pour mieux éclairer la nôtre. Ce mois-ci : il revient sur ses impressions après avoir vu une marathonienne en fauteuil roulant.

 

 

L’autre jour, en me promenant, je tombe sur le passage d’un marathon de Paris. Je m’arrête pour observer cette multitude galopante, quand, tout à coup, je vois passer un drôle de groupe au milieu de la foule des coureurs : une dame dans un fauteuil roulant de course, poussée par un monsieur et entourée par une troupe portant le même tee-shirt qu’elle. Elle avait l’air toute contente de glisser ainsi au milieu de ces galops inégaux et heurtés. « Quelle drôle d’idée de se faire pousser comme ça, au sein de cette horde suante et soufflante, dans le tumulte des tambours ou des orchestres du bord de la route ! me dis-je. Il me semble qu’à sa place, tant qu’à ne pas pouvoir marcher ni courir, je chercherais plutôt des plaisirs calmes et contemplatifs, qui ne me rappelleraient ni mes manques ni mon handicap. »

Et là – merci mon cerveau ! –, mon warning intérieur s’allume aussitôt : « Dis donc, si tu arrêtais de juger ? D’abord tu n’es pas à sa place : toi, tu peux marcher et courir, alors il y a sans doute des choses qui t’échappent dans cette histoire. Et puis elle était souriante, apparemment contente d’être là, au milieu de ses amis qui se relayaient pour la pousser. Alors de quoi tu te mêles, avec tes deux jambes qui marchent ? Tu trouves parfois que c’est absurde, ces personnes handicapées qui veulent faire comme si elles n’étaient pas handicapées ? Mais c’est peut-être exactement ce dont tu rêverais si tu étais dans leur cas ! » Ça y est, je ne suis plus sur le même registre. Je ne suis plus un spectateur qui juge paresseusement et à distance, de haut. Je suis redevenu humain, je cherche à rentrer dans le coeur de la dame poussée. « Ouvre les yeux ! C’est bon ? Tu vois ce qu’il faut voir ? Juste une personne paralysée heureuse de se sentir aimée par ses amis, qui se régale d’être trimballée dans cette kermesse distrayante. Chaque fois qu’un proche ou un collègue de travail pousse son chariot, il lui dit à sa façon qu’il l’aime bien, et que la fatigue supplémentaire ne lui pèse pas mais lui réjouit le coeur. Comme chaque fois que l’on donne quelque chose à quelqu’un qui ne pourrait jamais se le procurer seul. »

Je commence à renifler. Voilà plusieurs minutes que la dame et ses amis ont disparu, et je suis là en train de m’attendrir tout seul, les yeux humides et dans le vague, en train de m’émouvoir sur cette humanité incroyable, capable de courir jusqu’à souffrir, de faire des efforts où se rejoignent la tendresse (on t’aime, on te pousse, avec nous, partout) et l’inutilité (franchement, courir en rond sur du goudron…). Je respire un peu plus fort, moi qui ne cours pas ce jour-là. Je souris. J’espère que la dame est très heureuse. Et ses amis aussi.

Juin 2014

http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Emotions/Articles-et-Dossiers/Christophe-Andre-dis-donc-si-tu-arretais-de-juger

 

Commentaire du veilleur responsable de la présente publication  Pascal Caro : Moi, juger ? Nooooooon, jamais ! Et vous les amis ? :)

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